Le Sommet des Amériques à Québec en 2001 - Une Ville assiégée

11 septembre 2013

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Documentaire québécois.
Le Sommet des Amériques qui eut lieu dans la ville de Québec, les 20, 21 et 22 avril 2001 était le lieu des pourparlers concernant la proposition de Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). La rencontre est probablement mieux connue pour l'ensemble de dispositifs de sécurité mis en place pour l'événement et pour les nombreuses manifestations civiles qui entourèrent les négociations.

Les mouvements de protestation du Sommet de Québec (aussi appelés A20) figurent parmi les plus importantes manifestations altermondialistes à ce jour, rassemblant plus de 50 000 manifestants provenant de partout en Amérique. Les groupes représentés aux manifestations furent nombreux, dont entre autres l'organisation environnementale Greenpeace, le Conseil des Canadiens, les caucus du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Parti québécois, le Parti communiste du Canada section Québec, le Rassemblement pour une alternative politique et le Parti de la démocratie socialiste, et de nombreux groupes syndicaux, universitaires et de collégiaux provenant de l'ensemble de l'hémisphère.
21 avril -- Marche dans la "zone verte" sur l'autoroute Laurentienne, en direction d'un rassemblement civil près du Colisée de Québec
21 avril -- Manifestation dans la "zone jaune" à l'intersection de l'autoroute Dufferin-Montmorency et de la Côte d'Abraham. La fumée provenant des gaz lacrymogènes et la barrière de sécurité peuvent être aperçus sur cette image.

En plus des visées politiques du mouvement altermondialiste, les grands médias portèrent leur attention sur la division de la ville avec la barrière de sécurité et la répression policière qui entoura les manifestations.

Les manifestants commencèrent à arriver à partir du vendredi 20 avril. Plusieurs de ceux-ci étaient accueillis à l'Université Laval, sur les campus des Cégeps de la région ou dans les églises. Quelques affrontements avec la police eurent lieu dans l'après-midi du vendredi, tout comme plusieurs autres rassemblements pacifiques, tels un concert et un dîner végétarien sous l'autoroute Dufferin-Montmorency. Durant la nuit de multiples altercations et quelques actes de vandalismes ont été perpétrés.

Le deuxième jour des protestations eut lieu le samedi 21 avril. La journée débuta avec l'ouverture du second Sommet des Peuples, un rassemblement éducatif et politique près de la Gare du Palais, dans la Basse-Ville à l'est du site du sommet. Depuis cet endroit, entre 25 et 30 000 manifestants marchèrent sur le boulevard Charest en direction nord-ouest, vers la rue de la Couronne. Un autre groupe de participants à cette grande marche débutèrent leur marche de l'université Laval en passant par le Cégep de Sainte Foy pour rejoindre un important contingent réuni au Musée national des beaux arts sur les plaines d'Abraham. Le total de ces manifestants fut évalué entre 50 000 et 65 000 personnes.

Plusieurs manifestants entrèrent ainsi dans la zone sécurisée, appuyés notamment par une catapulte lançant des oursons en peluche, tandis que d'autres s'en prirent immédiatement au cordon policier. Ce dernier finit par céder sous la pression des manifestants et céda sa place à une deuxième ligne de policiers, tous équipés de masques à gaz. Sans avertissement, une pluie de bombes lacrymogènes s'abattit sur les manifestants, y compris ceux n'ayant pas franchi la clôture de sécurité.

Même si initialement justifiable, la répression policière devint bientôt sans limites. Les gaz lacrymogènes et la confrontation furent utilisés sur les rassemblements pacifiques et sur des citoyens de la ville non impliqués dans les mouvements de protestation. En effet, des bombes lacrymogènes furent larguées si près de la zone verte que des gens occupés à magasiner furent forcés à quitter, étouffant dans les fumées. Une bombe fut même larguée à l'intérieur d'une résidence, où son occupant dut rapidement mettre son enfant de six mois à l'abri des gaz.

La répression policière prit plusieurs formes: en plus des bombes lacrymogènes largement utilisées, la police utilisa à plusieurs reprises un canon à eau et tira des balles de plastique pour disperser les manifestants violents tout comme pacifiques, incluant les équipes médicales affairées à aider les blessés.

Parmi les autres formes d'interventions tactiques de la part des forces policières, on dénombre notamment les arrestations ciblées de figures connues des mouvements d'opposition et l'expulsion du centre des médias alternatifs du Québec (CMAQ). Le gaz lacrymogène fut à ce point utilisé que les délégués à l'intérieur même des lieux de la réunion furent incommodés par la fumée.

Les protestations continuèrent durant la nuit. En plus des manifestations pacifiques et des nombreux actes de désobéissance civile, quelques manifestants s'en prirent aux devantures de magasins et aux panneaux publicitaires.